Hommage à l’auteur Dany Laferrière

 

29 janvier 2014 - Dans première intervention en Chambre de 2014, le sénateur Jean-Guy Dagenais a rendu hommage à l’auteur Dany Laferrière qui est devenu le premier Canadien invité à siéger à l’Académie française.  Il en a profité pour souligner son parcours.

 

2e Session, 41e Législature,
Volume 149, Numéro 29

Le mercredi 29 janvier 2014
L’honorable Noël A. Kinsella, Président

M. Dany Laferrière

Félicitations à l’occasion de son élection à l’Académie française

L’honorable Jean-Guy Dagenais : Honorables sénateurs, ma première intervention de 2014 se veut un hommage à un citoyen qui vient d’accéder à l’une des fonctions les plus honorifiques de la francophonie mondiale, c’est-à-dire devenir membre de l’Académie française.

Je veux parler ici de Dany Laferrière.

M. Laferrière a été choisi, le 12 décembre dernier, pour occuper un siège à la prestigieuse Académie, fondée en 1635 par le cardinal Richelieu, un homme à la fois de religion et de politique qui a joué un rôle significatif dans l’implantation de la langue française au Canada.

L’Académie française compte 40 membres, mais jamais, en plus de 375 ans d’existence, un Nord-Américain n’avait été choisi pour y siéger. Aujourd’hui, M. Dany Laferrière accède à un siège à l’éminente société de langue française.

Quel honneur pour notre pays cofondé par un peuple francophone. Quel honneur pour le Québec, berceau de la francophonie dans notre pays et, aussi, quel honneur pour Haïti, pays d’origine de M. Laferrière.

Permettez-moi de faire un bref survol de la carrière du nouvel académicien. M. Dany Laferrière est issu d’une famille haïtienne politisée, dont le père s’opposait au régime Duvalier. Journaliste à la radio haïtienne, c’est en 1976 qu’il quitte précipitamment son pays lorsqu’un de ses collègues de travail est assassiné par les Tonton Macoutes de Duvalier. C’était une question de survie pour lui.

À 23 ans, M. Laferrière débarque donc à Montréal et deviendra ultérieurement citoyen canadien. Il travaille d’abord comme ouvrier dans une usine avant d’accéder à un poste à la télévision de TQS à Montréal, où il a été chroniqueur et présentateur de la météo. Mais Dany Laferrière a un autre objectif : l’écriture.

Déterminé, il marque un grand coup en 1985 avec son premier roman qui porte le titre Comment faire l’amour à un Nègre sans se fatiguer. Lui seul pouvait se permettre un tel titre. Ce livre a été traduit en plusieurs langues et adapté pour le cinéma. Dany Laferrière venait alors de faire son entrée dans le monde littéraire.

Les titres des livres de Dany Laferrière sont pour le moins percutants. Dans sa bibliographie, on retrouve les suivants : Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit?, ou encore L’Art presque perdu de ne rien faire, publié en 2011, et son dernier Journal d’un écrivain en pyjama, publié l’an dernier.

Tantôt à Haïti, tantôt à New-York ou à Miami, quand il n’est pas à Montréal, il puise dans la vie de tous les jours son inspiration. Sa famille, ses trois filles et ses qualités d’itinérant lui ont permis d’observer de petits bonheurs et de grands malheurs, comme le tremblement de terre qui a secoué son pays en 2010, alors qu’ il était présent.

Au fil des ans, M. Laferrière a reçu plusieurs prix littéraires, dont celui du Gouverneur général du Canada pour la littérature jeunesse en 2006 et le prix Médicis de la littérature française en 2009, pour son livre L’Énigme du retour. L’œuvre de M. Laferrière venait alors de franchir définitivement nos frontières.

Aujourd’hui, les francophones du Canada et tous les Canadiens doivent être fiers de compter un des leurs à l’Académie française. Son élection s’est faite sans équivoque et il occupera le siège numéro 2 où se sont déjà assis Montesquieu et Alexandre Dumas fils. Autour de lui, on remarquera Simone Veil, Alain Decaux et l’ex- président français Valéry Giscard d’Estaing. L’histoire fait que tous ceux qui deviennent membres de l’Académie française portent le titre d’IMMORTEL.

C’est donc avec beaucoup d’émotion que je veux, aujourd’hui, saluer le choix de M. Laferrière par l’Académie.

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